Réflexion sur la maladie, par Martine Dupuy

Article écrit par le Dr Martine Dupuy

Plus je travaille sophro-dynagogiquement sur ma conscience, plus j'intègre les nouvelles connaissances sur le fonctionnement du cerveau, plus je m'ouvre à des disciplines de sciences humaines dans un effort de lecture « transversal », plus j'observe la synchronicité en action dans la vie et plus souvent surgit un mot: complexité.

Cette donnée n'est pas nouvelle en anthropologie, puisque H. Laborit, à la suite de quelques autres moins illustres avait souligné ce caractère essentiel de l'évolution:

la Vie s'est développée sur notre planète par sauts évolutifs successifs, chaque degré de complexité supplémentaire conservant les propriétés et potentiels du degré précédent et en « acquérant » de nouveaux:
- d'abord dans l'infiniment petit, au fur et à mesure que la terre se formait, des atomes simples d'hydrogène, d'oxygène, de carbone et quelques autres éléments plus rares issus du « big bang » se sont associés de mille manières différentes pour former des molécules chimiques de plus en plus complexes, voire « compliquées »: l'atmosphère, l'eau, les minéraux sont autant d'assemblages moléculaires originaux matérialisant l'énergie initiale issu du « vide » sidéral, mais développant - à cause même de cette « mise en forme matérielle » de l'énergie première - des propriétés différentes : propriété des fluides, force de gravité et d'inertie des minéraux, expansion et compression gazeuses, multiples combinaisons moléculaires aux effets variables, entre autre…
- nous ne savons pas encore trop comment - théories de la « soupe originelle» dans les eaux de la planète ou « ensemencement par des poussières d'étoiles » ? - la vie a jailli de cette première organisation simple , sous la forme de molécules coopérant entre elles: la première cellule représente un niveau de complexité supérieur en ce sens qu'elle a poursuivi et poussé plus loin les possibilités d'assemblage moléculaire mais elle a acquis la capacité extraordinaire de se développer en transformant des éléments simples puisés dans le milieu extérieur ( l'air, l'eau, la terre) et celle non moins extraordinaire de se « recopier » et se diviser en 2 éléments semblables: la reproduction était née !
- Nous ne savons pas plus comment ces cellules uniques en sont venues à s'associer entre elles en se spécialisant pour réaliser - au sein d'un ensemble cohérent et complexe - un organisme plus élaboré : les êtres pluricellulaires sont apparus, capables de se reproduire comme leur prédécesseurs mais acquérant également des propriétés adaptatives nouvelles.
Multiplication des formes de protection par acquisition d'aspects différents, de capacités de déplacement dans le milieu, de variation de recherche d'énergie et de nourriture, d'utilisations du milieu pour la reproduction, mais surtout la possibilité de grandir : la croissance d'organismes de plus en plus complexes était en marche….
- Quand les assemblages cellulaires devinrent très volumineux et compliqués, il fallut coordonner tous ces « rouages » pour un fonctionnement cohérent de l'ensemble de la structure vivante: certaines cellules se sont alors spécialisées dans ce rôle … les connexions établies… et l'ébauche du premier « cerveau » a pris corps. Ces êtres vivants à commande neuronale ont conservé toutes les propriétés du degré précédent mais ont acquis des capacités de perception , d'intégration et d'action supplémentaires sur l'environnement , leur assurant un développement quasi ininterrompu depuis : la capacité d'apprendre - encore appelée « intelligence » - commençait son existence.
- Ces êtres « cérébrés » développèrent donc des capacités de plus en plus sophistiquées d'adaptation au milieu et d'expansion de l'espèce, avec des options plus heureuses que d'autres dans leurs « choix » de fonctionnement : ainsi l'homéothermie - la capacité à conserver une température corporelle élevée par rapport au milieu et stable - ainsi que le sommeil alterné avec rêves - qui, entre autre, permet au cerveau de « réviser » les comportements d'espèces et d'intégrer de nouveaux apprentissages - semblent avoir constitué des options fondamentales pour l'extraordinaire développement des mammifères ; avec l'un d'entre eux la Vie a acquis la capacité extravagante de s'observer elle-même, de chercher à se connaître et se comprendre: la Conscience réflexive représente le degré supplémentaire de complexité abouti dans l'être humain.

Que vient faire la maladie la-dedans ?
La compréhension de la maladie humaine - et donc son accompagnement - ne peuvent s'approcher que si nous tenons compte de toute la complexité de la Vie.
La maladie elle-même est née dans et de cette complexité vivante qu'est l'être humain:
- Ainsi la matière cellulaire est atteinte - par un microbe, un virus ou par la rencontre malheureuse du corps avec plus « dur » que lui: plaies, bosses, brûlures… - et les éléments chimiques simples doivent réagir, jusqu'aux molécules plus complexes que sont les enzymes ou les protéines assurant notre protection et notre cicatrisation;
- mais les cellules coordonnées et spécialisées dans la défense et la reconstruction se mobilisent aussi, qui pour tuer et éliminer microbes ou cellules abîmées, qui pour reconstituer le tissu ainsi nettoyé.
- Jusqu'au cerveau lui-même, qui déclenche et coordonne - le plus souvent inconsciemment - des réactions hormonales et métaboliques pour maintenir l'ensemble de l'organisme humain en
« homéostasie », c'est à dire apte à fonctionner et à s'adapter à ce qui lui arrive.
- Et la conscience réflexive de l'être observe, intègre, analyse, cherche à comprendre à différents niveaux ce qui se passe, ce qu'elle subit dans sa chair… et surgissent dans le même temps des émotions, des rêves, des souvenirs qui l'aident faire des liens, mettre ensemble de façon sensée des éléments épars de sa vie:
· éléments tirés de son histoire personnelle: la position par rapport au père, à la mère, à la fratrie; les événements marquants de l'enfance, de l'adolescence ou de la maturité qui entrent en résonance…
· éléments liés à l'histoire familiale dont nous sommes issus: les reproductions de rôle, de place, de comportement… ou leur compensation, même en « sautant » quelques générations; l'héritage d'un « terrain » ou d'une transmission génétique…
· éléments liés à l'environnement dans lequel nous vivons: facteurs énergétiques, alimentaires, pollutions, facteurs saisonniers, cycles énergétiques cosmiques - effets de la lune, des planètes et des astres..

Car il n'y a pas qu'une manière d'expliquer la maladie, il n'y a pas qu'une raison d'être malade, il n'y a pas qu'un seul sens à cette mise en péril de l'être.
Les explications, les sens sont multiples et s'entrecroisent, se font écho dans les différentes couches de complexité de l'homme.

Ainsi sont nés autant d'outils thérapeutiques pour aider « la nature » à assurer sa survie - vous reconnaîtrez au passage les outils que vous avez pu utiliser - chaque outil puisant son inspiration et sa justification dans l'exploration et l'équilibrage d'une part de cette totalité cohérente qu'est l'être humain unique.

Et chacun a sa part de succès.
Naturellement si l'on admet que tout est lié dans cette complexité humaine et qu'une action sur l'une des parties du Tout a un impact sur l'ensemble.

Mais aucun ne peut résoudre toutes les maladies, ni pour une même maladie toutes les personnes atteintes.
Encore faut-il admettre qu'il est parfaitement vain - vanité des vanités ! - de vouloir maîtriser cette extraordinaire complexité de la conscience vivante incarnée par un être humain avec un outil qui n'explore qu'une partie des choses.

Par quel bout commencer alors dans ce foisonnement de thérapies possibles ?
Par celle qui convient le mieux, la plus facile et évidente à appréhender par l'être en souffrance lui-même.
De toute manière, chaque outil peut donner accès à un autre comme le montre le parcours souvent « chaotique » de ceux qui arrivent au Moustier - et ce parcours a lui-même souvent du sens pour l'être qui a cheminé !
Il suffit de trouver dans chaque outil des thérapeutes suffisamment ouverts pour entendre l'altérité et la complémentarité sans s'offusquer ni défendre mordicus son « pré carré ».
La Sophrologie a ce privilège d'être un outil qui travaille sur et avec la Conscience , dont un des trois paramètres est justement la complexité - cela ne vous rappelle-t-il rien ? Révisez le premier degré SVP ! -
C'est un outil thérapeutique non pas directement actif sur les paramètres de la maladie - l'interaction sur la matière, l'équilibrage émotionnel , la recherche de sens, la projection d'une énergie positive dans le futur n'en sont que des applications pratiques après tout - mais un outil qui agit indirectement en ouvrant la conscience à d'autres perspectives, d'autres possibles, d'autres dimensions accessibles !

Ainsi la pratique de la sophro-dynagogie vous permettra-t-elle d'acquérir une force de conscience suffisamment tonique, suffisamment claire, et suffisamment complexe pour comprendre tout ce qui se joue là, justement, au sein de ce cataclysme…vous aider à traverser l'épreuve avec un maximum de ressources et prendre en charge la transformation salutaire que vous aurez choisi d'opérer.

Hélas la pratique sophro-dynagogique ne vous protégera pas contre la maladie…comme tous les autres outils thérapeutiques, ce n'est ni une garantie ni une assurance ! Comme si la maladie pouvait se résumer à un risque !
Cette façon de raisonner est par trop simpliste et relève de la pensée magique infantile:
C'est faire injure à notre degré supérieur de complexité que de réduire la maladie humaine à une excroissance cellulaire à contenir, un équilibre énergétique à conserver, des excès émotionnels à désactiver ou je ne sais quel manque de sens à trouver.
La maladie peut être tout cela - et le travail effectué dynagogiquement à chaque niveau permet de renforcer ses propres possibilités d'équilibrage dans chaque partie de soi ainsi mise en cause