Heureux ceux qui n'ont pas d'images, par Martine Dupuy
Article écrit par le Dr Martine Dupuy
A lire en priorité par tous les « privés d'imagerie intérieure », les dépités, les malheureux, les honteux, les jaloux, ceux qui se sentent dévalorisés, en échec, ou en rébellion devant l'allure obstinément vide de leur écran cinematographique intérieur, ceux qui croient qu'ils n'y arriveront jamais, ceux qui s'essoufflent à chercher ou obenir une image...
... à lire en priorité par les « richissimes » ceux qui se régalent d'images intérieures, les boulimiques, les ravis de l'image, les accros, ceux qui ne savent plus où donner de la tête tant il y en a, ceux qui s'efforcent de donner sens à un kaléidoscope infernal...
... à lire enfin par tous ceux qui se trouvent brutalement en panne de réception ou d'émission, ...
Quand on débute dans le voyage à l'intérieur de soi-même, le paysage est difficile à identifier.
Il y a des sensations (que l'on cherche à déclencher et repérer par les différents exercices sophrologiques), plus ou moins faciles à identifier selon la nature, la localisation, l'intensité. Les plus faciles à percevoir en général sont des sensations de surface (générées par le massage cutané) et sensations plus intérieures thermiques (plus chaud ou plus froid) favorisées par la plus ou moins grande tonicité des exercices. Au fur et à mesure que l'on s'habitue à entrer chez soi, les sensations s'affinent, il devient plus facile de les nuancer et d'en saisir des moins évidentes, un peu comme l'on distiguerait le son d'une clarinette ou d'une contrebasse dans une symphonie. Le paysage sensoriel s'enrichit de couleurs, de sons que nous n'avions pas saisis jusque là, tout comme nous passerions d'une image en noir et blanc à une image en couleurs.
Il faut faire un effort de concentration conscient pour mettre en mots, noter et intégrer toutes ses nuances qui sont - c'est en tous cas le résultat de mon expérience pratique depuis 10 ans- d'une infinie richesse.
Seulement voilà, nous n'avons pas le temps - ou nous ne nous donnons pas le temps - d'explorer ce paysage, tant notre identité culturelle nous oriente vers la recherche et la manipulation d'images.
La Sophrologie n'a pas échappé à ce travers culturel et nous voilà embarqués vite fait dans les
« visualisations », qui semblent représenter pour beaucoup de Sophrologues l'essentiel du travail à faire quand ce n'est pas la partie la plus noble de leur art... Comme si notre animalité se situait au niveau du corps, et notre humanité dans le cerveau dont la plus royale des fonctions - après l'analyse rationnelle - serait la production d'image et donc sa capacité de virtualisation.
Très vite donc dans l'apprentissage de la Sophro, nous voici accaparés, focalisés sur la recherche d'images: pendant l'exercice ou après ; et nous voilà tout contents de nous si nous sommes arrivés à une image - au moins !- et nous voilà tout meurtri si nous n'avons rien eu: sensation plus ou moins cuisante d'échec, comme si notre valeur humaine se mesurait à cette capacité ou incapacité de production.
Longtemps je me suis retrouvée dans la peau de cet élève appliquée, faisant son possible pour fabriquer des images à défaut d'en attendre, sans jamais rien voir venir ni obtenir. Des années j'ai été tour à tour émerveillée, agacée, envieuse, de ces personnes qui revenaient de leur voyage intérieur avec une profusion d'images, un véritable cinéma dès qu'elles posaient le pied en elle-même : des couleurs chatoyantes, des voyages en ballon, des intérieurs cosmiques... et moi je restais avec ma petite sensation minable de chaleur dans les mains, de froid dans les pieds et de respiration apaisante au creux du ventre !
Je n'ai dû mon salut qu'à la transformation de la Sophro en Dynagogie avec l'apparition de la notion essentielle d'Energie: cela pouvait se saisir d'une manière sensorielle (la chaleur, la tonicité, le fourmillement de la vie cellulaire). Je me rassurais sur mon incapacité d'image en me disant que je n'avais pas encore assez d'énergie mobilisée pour pouvoir créer des images, et j'entrepris un long travail de remise à niveau et d'équilibrage énergétiques. Cela me fit patienter quelques mois supplémentaires mais sans plus de résultat sur la qualité de mon imagerie personnelle.
Jusqu'au jour où j'entendis enfin cette phrase d'Yves, pourtant répétée depuis des stages et des stages: « Notre cerveau fonctionne sur trois modes: sensations, images, mots... »
Et la séance -fort banale qui suivit- je me découvris une véritable radio dans la tête ! J'ai admis depuis, après avoir exploré toutes mes longueurs d'ondes, que mon humanité, ma valeur d'être, passe essentiellement par les mots et quasiment jamais par les images. Ainsi dans les séances sur les qualités ou les valeurs ce sont les noms qui m'apparaissent, soit que je les lis dans ma tête, soit et plus rarement que je les vois écrits. C'est alors le comble du comble : image d'un mot ou d'une phrase. Ainsi dans les séances de synthèse en posture, émergent quasiment toujours des mots-synthèse, des phrases ou demi-phrases souvent paradoxales, qui ouvrent la porte de mon langage symbolique.
Pour des raisons propres à mon histoire je suis constamment obligée de revenir à la sensation corporelle... et petit à petit ce paysage-là est devenu aussi un mode de fonctionnement familier. Jusqu'à ce séjour sophro/symbolique/spiritualité où je réalisais à quel point la dimension spirituelle, la mienne en tous cas, je pouvais l'aborder par le sensoriel : cette sensation d'étrangeté diffuse, des sensations paradoxales d'identité définie, fixe, et en même temps complètement transformable, caoutchouteuse... sensation aussi d'être en Vie, sans images de cette puissance de Vie et d'Amour mais me sentir remplie d'Amour, rayonnante. Ainsi la dimension transcendante , la plus humaine de toutes nos dimensions est accessible par d'autres voies que la représentation visuelle.
Que dire donc de la place de l'imagerie ?
Que les « sans image » se rassurent: c'est une voie comme une autre, ni plus ni moins. Elle est certes privilégiée dans notre culture depuis les grottes de Lascaux en passant par la représentation visuelle symbolique du bien et du mal dans nos églises jusqu'au monde informatique et virtuel qui s'ouvre à nous; mais cela ne veut pas dire que nous empruntions tous cette voie pour être au monde. Existent aussi les mondes auditifs et sensoriels, et notre cerveau personnel convertit les signaux extérieurs et intérieurs reçus dans le ou la combinaison de mode qui lui permet le mieux d'être présent au monde. Le plus difficile semble être en réalité de s'identifier soi-même, de prendre conscience de notre propre mode de fonctionnement cérébral: Yves parlerait d'autoconscience, cette capacité que nous avons de décoller le nez et la conscience de nous-même, de nous observer agir et réagir pour « saisir » les fonctionnements privilégiés de notre conscience. A vous de prendre conscience si, dans vos séances vous vivez sensoriellement la qualité évoquée, ou bien si vous en voyez le nom, si vous la tranformez en poème ou en musique, ou encore dansun mélange des genres, comment elle se présente à vous et s'intègre à vous: par la sensation ? par le langage ?
Qu'en est-il de ceux qui baignent dans les images ?
Ils ont la chance d'avoir un mode de fonctionnement personnel en phase avec notre direction culturelle et ils se régalent dans des visualisations... jusqu'à risquer de s'y perdre.
Car le monde virtuel n'est pas le monde réel, et si l'on ne prend garde à relier les deux, le risque est un divorce personnel difficile à assumer.
Nombreux sont les sophrologues rencontrés qui se repaissent de leur imagerie personnelle, y trouvent moultes significations, compréhension et élucidation de leur passé, de leurs réactions, voire de la direction dans laquelle progresser. Satisfaction bien légitime, jusqu'au moment où - dans un moment d'instabilité - des manifestations d'angoisse existentielle les rattrapent. Impression alors de ne plus maîtriser grand chose et l'imagerie paniquante remplace l'imagerie conquérante. Les images positives n'arrivent pas à compenser celles du malaise, et même si celui-ci est identifié, compris, le malaise n'en disparaît pas pour autant.
Tout simplement parce que dans l'euphorie de découverte du langage imagé, le paysage sensoriel - seul lieu concret qui témoigne de notre présence en ce monde - a été négligé ou seulement posé comme passage obligé ( dans un relachement corporel) pour accéder au monde des images.
On est alors passé à côté de sa capacité réparatrice, régulatrice, et en premier lieu identificatoire ! Et il suffit de reprendre un travail plus rigoureux sur cette richesse sensorielle, s'inscrire de nouveau bien concrètement dans notre continent intérieur pour arrêter « la gamberge » et reconnecter l'imagerie et le réel positif.
Mais le monde de l'image offre un piège encore plus grand: je l'appelle l'imagerie factice.
C'est une production d'image volontaire - faute d'en avoir spontanément - dans laquelle on peut
« faire son cinéma » sans avancer d'un pouce. C'est souvent une façon de compenser notre échec, quand on n'a pas encore réalisé que nous ne fonctionnons pas en mode d'image .
Si l'on est un tant soit peu authentique avec soi-même, on se rend compte assez vite que ces images sont vides, « du fabriqué », qu 'elles brodent un paysage qui ne nous correspond pas; insatisfaction intuitive qui finit par s'imposer avec évidence ou qui se camoufle derrière des scénari sans cesse renouvellés dont on s'épuise à chercher le sens profond. Ainsi les imageries produites à propos d'une séance de troisième degré dont on dit qu'elles ont un sens caché: me voici donc en train de les noter avec application, attendant sans impatience ce temps de compréhension à retardement. Le plus souvent d'ailleurs notre capacité analytique se penche avec délice sur la production d'image pour la décortiquer plus vite. Je peux rester très longtemps dans ce système d'autosatisfaction, confondant la connaissance de soi avec ce travail d'analyse factice sur une réalité que je m'approprie alors qu'elle n'est que divertissement.
Comment reconnaître les vraies images, celles produites par le plus profond de soi de celles produites par les circonvolutions les plus superficielles de notre cerveau ?
Les images vraies trouvent toujours un écho sensoriel, le plus souvent émotionnel d'ailleurs; elles nous font vibrer au plus profond, font accélérer notre rythme cardiaque, suspendre notre respiration, retrouver une boule dans notre gorge, perler des larmes à nos paupières ou encore nous couvrir d'une fine sueur... Elles sont remuantes.
Les images factices laissent notre corps en général assez indifférent ou avec de petites modifications, un peu comme si notre corps savait que nous étions en train de jouer avec nous-même, « pour de faux », et dit « pouce ! » en se mettant en non expression.
Tout comme pour les rêves: il y en a des banaux, qui ne font qu'enregistrer les événements de la journée et les engrammer dans notre histoire psychique, et puis il y en a d'essentiels: bribes de dialogue saisis entre le conscient et l'inconscient car il est important pour nous, ce jour-là de comprendre un peu mieux quelque chose.
N'ayons pas peur des « pannes » d'images: c'est que l'équilibre atteint ne nécessite pas des compréhensions géniales ou a besoin d'être consolidé avant de se laisser de nouveau déstabiliser pour avancer; il s'agit d'assurer son pied avant de faire un pas de plus, c'est tout.
L'impatience de la quête nous guette autant que la paresse; il nous faudrait des résultats à chaque fois, un progrès à chaque séance... Qui a un tant soit peu de pratique sophro-dynagogique s'est rendu vite compte que l'avancée n'est pas linéaire et qu'il nous faut autant gérer notre déception que notre enthousiasme.
La sagesse tiendrait-elle dans un savant équilibre entre les deux ? Humilité et Grandeur...
Alors en quel mode fonctionnez-vous ?
Moi je suis le « Thierry Roland » de mon cerveau, style commentateur permanent d'un match intérieur, bien qu'avec le temps je deviennes plus poète...
A lire en priorité par tous les « privés d'imagerie intérieure », les dépités, les malheureux, les honteux, les jaloux, ceux qui se sentent dévalorisés, en échec, ou en rébellion devant l'allure obstinément vide de leur écran cinematographique intérieur, ceux qui croient qu'ils n'y arriveront jamais, ceux qui s'essoufflent à chercher ou obenir une image...
... à lire en priorité par les « richissimes » ceux qui se régalent d'images intérieures, les boulimiques, les ravis de l'image, les accros, ceux qui ne savent plus où donner de la tête tant il y en a, ceux qui s'efforcent de donner sens à un kaléidoscope infernal...
... à lire enfin par tous ceux qui se trouvent brutalement en panne de réception ou d'émission, ...
Quand on débute dans le voyage à l'intérieur de soi-même, le paysage est difficile à identifier.
Il y a des sensations (que l'on cherche à déclencher et repérer par les différents exercices sophrologiques), plus ou moins faciles à identifier selon la nature, la localisation, l'intensité. Les plus faciles à percevoir en général sont des sensations de surface (générées par le massage cutané) et sensations plus intérieures thermiques (plus chaud ou plus froid) favorisées par la plus ou moins grande tonicité des exercices. Au fur et à mesure que l'on s'habitue à entrer chez soi, les sensations s'affinent, il devient plus facile de les nuancer et d'en saisir des moins évidentes, un peu comme l'on distiguerait le son d'une clarinette ou d'une contrebasse dans une symphonie. Le paysage sensoriel s'enrichit de couleurs, de sons que nous n'avions pas saisis jusque là, tout comme nous passerions d'une image en noir et blanc à une image en couleurs.
Il faut faire un effort de concentration conscient pour mettre en mots, noter et intégrer toutes ses nuances qui sont - c'est en tous cas le résultat de mon expérience pratique depuis 10 ans- d'une infinie richesse.
Seulement voilà, nous n'avons pas le temps - ou nous ne nous donnons pas le temps - d'explorer ce paysage, tant notre identité culturelle nous oriente vers la recherche et la manipulation d'images.
La Sophrologie n'a pas échappé à ce travers culturel et nous voilà embarqués vite fait dans les
« visualisations », qui semblent représenter pour beaucoup de Sophrologues l'essentiel du travail à faire quand ce n'est pas la partie la plus noble de leur art... Comme si notre animalité se situait au niveau du corps, et notre humanité dans le cerveau dont la plus royale des fonctions - après l'analyse rationnelle - serait la production d'image et donc sa capacité de virtualisation.
Très vite donc dans l'apprentissage de la Sophro, nous voici accaparés, focalisés sur la recherche d'images: pendant l'exercice ou après ; et nous voilà tout contents de nous si nous sommes arrivés à une image - au moins !- et nous voilà tout meurtri si nous n'avons rien eu: sensation plus ou moins cuisante d'échec, comme si notre valeur humaine se mesurait à cette capacité ou incapacité de production.
Longtemps je me suis retrouvée dans la peau de cet élève appliquée, faisant son possible pour fabriquer des images à défaut d'en attendre, sans jamais rien voir venir ni obtenir. Des années j'ai été tour à tour émerveillée, agacée, envieuse, de ces personnes qui revenaient de leur voyage intérieur avec une profusion d'images, un véritable cinéma dès qu'elles posaient le pied en elle-même : des couleurs chatoyantes, des voyages en ballon, des intérieurs cosmiques... et moi je restais avec ma petite sensation minable de chaleur dans les mains, de froid dans les pieds et de respiration apaisante au creux du ventre !
Je n'ai dû mon salut qu'à la transformation de la Sophro en Dynagogie avec l'apparition de la notion essentielle d'Energie: cela pouvait se saisir d'une manière sensorielle (la chaleur, la tonicité, le fourmillement de la vie cellulaire). Je me rassurais sur mon incapacité d'image en me disant que je n'avais pas encore assez d'énergie mobilisée pour pouvoir créer des images, et j'entrepris un long travail de remise à niveau et d'équilibrage énergétiques. Cela me fit patienter quelques mois supplémentaires mais sans plus de résultat sur la qualité de mon imagerie personnelle.
Jusqu'au jour où j'entendis enfin cette phrase d'Yves, pourtant répétée depuis des stages et des stages: « Notre cerveau fonctionne sur trois modes: sensations, images, mots... »
Et la séance -fort banale qui suivit- je me découvris une véritable radio dans la tête ! J'ai admis depuis, après avoir exploré toutes mes longueurs d'ondes, que mon humanité, ma valeur d'être, passe essentiellement par les mots et quasiment jamais par les images. Ainsi dans les séances sur les qualités ou les valeurs ce sont les noms qui m'apparaissent, soit que je les lis dans ma tête, soit et plus rarement que je les vois écrits. C'est alors le comble du comble : image d'un mot ou d'une phrase. Ainsi dans les séances de synthèse en posture, émergent quasiment toujours des mots-synthèse, des phrases ou demi-phrases souvent paradoxales, qui ouvrent la porte de mon langage symbolique.
Pour des raisons propres à mon histoire je suis constamment obligée de revenir à la sensation corporelle... et petit à petit ce paysage-là est devenu aussi un mode de fonctionnement familier. Jusqu'à ce séjour sophro/symbolique/spiritualité où je réalisais à quel point la dimension spirituelle, la mienne en tous cas, je pouvais l'aborder par le sensoriel : cette sensation d'étrangeté diffuse, des sensations paradoxales d'identité définie, fixe, et en même temps complètement transformable, caoutchouteuse... sensation aussi d'être en Vie, sans images de cette puissance de Vie et d'Amour mais me sentir remplie d'Amour, rayonnante. Ainsi la dimension transcendante , la plus humaine de toutes nos dimensions est accessible par d'autres voies que la représentation visuelle.
Que dire donc de la place de l'imagerie ?
Que les « sans image » se rassurent: c'est une voie comme une autre, ni plus ni moins. Elle est certes privilégiée dans notre culture depuis les grottes de Lascaux en passant par la représentation visuelle symbolique du bien et du mal dans nos églises jusqu'au monde informatique et virtuel qui s'ouvre à nous; mais cela ne veut pas dire que nous empruntions tous cette voie pour être au monde. Existent aussi les mondes auditifs et sensoriels, et notre cerveau personnel convertit les signaux extérieurs et intérieurs reçus dans le ou la combinaison de mode qui lui permet le mieux d'être présent au monde. Le plus difficile semble être en réalité de s'identifier soi-même, de prendre conscience de notre propre mode de fonctionnement cérébral: Yves parlerait d'autoconscience, cette capacité que nous avons de décoller le nez et la conscience de nous-même, de nous observer agir et réagir pour « saisir » les fonctionnements privilégiés de notre conscience. A vous de prendre conscience si, dans vos séances vous vivez sensoriellement la qualité évoquée, ou bien si vous en voyez le nom, si vous la tranformez en poème ou en musique, ou encore dansun mélange des genres, comment elle se présente à vous et s'intègre à vous: par la sensation ? par le langage ?
Qu'en est-il de ceux qui baignent dans les images ?
Ils ont la chance d'avoir un mode de fonctionnement personnel en phase avec notre direction culturelle et ils se régalent dans des visualisations... jusqu'à risquer de s'y perdre.
Car le monde virtuel n'est pas le monde réel, et si l'on ne prend garde à relier les deux, le risque est un divorce personnel difficile à assumer.
Nombreux sont les sophrologues rencontrés qui se repaissent de leur imagerie personnelle, y trouvent moultes significations, compréhension et élucidation de leur passé, de leurs réactions, voire de la direction dans laquelle progresser. Satisfaction bien légitime, jusqu'au moment où - dans un moment d'instabilité - des manifestations d'angoisse existentielle les rattrapent. Impression alors de ne plus maîtriser grand chose et l'imagerie paniquante remplace l'imagerie conquérante. Les images positives n'arrivent pas à compenser celles du malaise, et même si celui-ci est identifié, compris, le malaise n'en disparaît pas pour autant.
Tout simplement parce que dans l'euphorie de découverte du langage imagé, le paysage sensoriel - seul lieu concret qui témoigne de notre présence en ce monde - a été négligé ou seulement posé comme passage obligé ( dans un relachement corporel) pour accéder au monde des images.
On est alors passé à côté de sa capacité réparatrice, régulatrice, et en premier lieu identificatoire ! Et il suffit de reprendre un travail plus rigoureux sur cette richesse sensorielle, s'inscrire de nouveau bien concrètement dans notre continent intérieur pour arrêter « la gamberge » et reconnecter l'imagerie et le réel positif.
Mais le monde de l'image offre un piège encore plus grand: je l'appelle l'imagerie factice.
C'est une production d'image volontaire - faute d'en avoir spontanément - dans laquelle on peut
« faire son cinéma » sans avancer d'un pouce. C'est souvent une façon de compenser notre échec, quand on n'a pas encore réalisé que nous ne fonctionnons pas en mode d'image .
Si l'on est un tant soit peu authentique avec soi-même, on se rend compte assez vite que ces images sont vides, « du fabriqué », qu 'elles brodent un paysage qui ne nous correspond pas; insatisfaction intuitive qui finit par s'imposer avec évidence ou qui se camoufle derrière des scénari sans cesse renouvellés dont on s'épuise à chercher le sens profond. Ainsi les imageries produites à propos d'une séance de troisième degré dont on dit qu'elles ont un sens caché: me voici donc en train de les noter avec application, attendant sans impatience ce temps de compréhension à retardement. Le plus souvent d'ailleurs notre capacité analytique se penche avec délice sur la production d'image pour la décortiquer plus vite. Je peux rester très longtemps dans ce système d'autosatisfaction, confondant la connaissance de soi avec ce travail d'analyse factice sur une réalité que je m'approprie alors qu'elle n'est que divertissement.
Comment reconnaître les vraies images, celles produites par le plus profond de soi de celles produites par les circonvolutions les plus superficielles de notre cerveau ?
Les images vraies trouvent toujours un écho sensoriel, le plus souvent émotionnel d'ailleurs; elles nous font vibrer au plus profond, font accélérer notre rythme cardiaque, suspendre notre respiration, retrouver une boule dans notre gorge, perler des larmes à nos paupières ou encore nous couvrir d'une fine sueur... Elles sont remuantes.
Les images factices laissent notre corps en général assez indifférent ou avec de petites modifications, un peu comme si notre corps savait que nous étions en train de jouer avec nous-même, « pour de faux », et dit « pouce ! » en se mettant en non expression.
Tout comme pour les rêves: il y en a des banaux, qui ne font qu'enregistrer les événements de la journée et les engrammer dans notre histoire psychique, et puis il y en a d'essentiels: bribes de dialogue saisis entre le conscient et l'inconscient car il est important pour nous, ce jour-là de comprendre un peu mieux quelque chose.
N'ayons pas peur des « pannes » d'images: c'est que l'équilibre atteint ne nécessite pas des compréhensions géniales ou a besoin d'être consolidé avant de se laisser de nouveau déstabiliser pour avancer; il s'agit d'assurer son pied avant de faire un pas de plus, c'est tout.
L'impatience de la quête nous guette autant que la paresse; il nous faudrait des résultats à chaque fois, un progrès à chaque séance... Qui a un tant soit peu de pratique sophro-dynagogique s'est rendu vite compte que l'avancée n'est pas linéaire et qu'il nous faut autant gérer notre déception que notre enthousiasme.
La sagesse tiendrait-elle dans un savant équilibre entre les deux ? Humilité et Grandeur...
Alors en quel mode fonctionnez-vous ?
Moi je suis le « Thierry Roland » de mon cerveau, style commentateur permanent d'un match intérieur, bien qu'avec le temps je deviennes plus poète...