Emotion et apprentissage, par Martine Dupuy
Article écrit par le Dr Martine Dupuy
Les émotions participent pour une part essentielle à la réussite ou à l'échec d'un apprentissage (cf les progrès d'un élève avec un enseignant qu'il apprécie ou l'échec répété d'un candidat pourtant appliqué et bien préparé, paniquant devant sa feuille blanche), mais même si les neurosciences commencent à décrypter cette « intelligence émotionnelle » nous sommes toujours en panne de moyens pour maîtriser ou utiliser au mieux cette propriété inhérente à la condition humaine. La sophro - dynagogie peut-elle donner des pistes de réponses ?
Qu'est-ce que l'émotion ? L' histoire d'une ( r)évolution.
De tous temps, l'émotion - certains diront le désir - a été considérée comme le moteur de l'invention créatrice que ce soit au niveau des arts, des découvertes scientifiques et techniques, ou encore de bouleversements politiques et sociaux qui jalonnent l'histoire humaine.
Seuls les grecs dans notre tradition occidentale l'ont reconnue et utilisée à des fins thérapeutiques sur le plan psychique, mais la prise de conscience de son importance en pédagogie demeure très récente.
La recherche des définitions successives de l'émotion au cours du dernier demi-siècle montrent à quel point l'évolution des connaissances peut radicalement transformer la perception et la fonction que nous accordons à l'émotion dans l'intelligence humaine.
Quillet 1963 : Agitation de l'âme
Encyclopédie Universelle 1985: Trouble de l'adaptation des conduites. (…) l'émotion apparaît quand les exigences de la situation sont disproportionnées avec les possibilités du sujet (…) l'émotion est donc une désorganisation ( de la conduite) par rapport à certaines fins; elle peut être à son tour un moyen - de niveau inférieur - d'adaptation.( Ex) Fuir de peur est plus adapté que trembler sur place ou s'évanouir .
Larousse 1993 : Trouble subit, agitation passagère causés par le sentiment vif de surprise, de joie, de peur, etc…
Robert 1996 : 1- Etat affectif intense, caractérisé par des troubles divers ( pâleur, accélération du pouls, tremblements, etc…) 2- Etat affectif, plaisir ou douleur, nettement prononcé.
Au delà de l'influence successive des progrès de la médecine (Physiologie de l'adaptation au stress de H. Selye 1956) et de l'émergence de la psychologie dans l'évolution de la définition, il demeure cependant une caractéristique constante: il s'agit d'une agitation, d'un trouble, avec une connotation plutôt péjorative.
Ces 20 dernières années cependant, les progrès effectués dans l'observation du cerveau en action ont totalement révolutionné l'approche des fonctions cérébrales, réhabilitant au passage l'émotion.
Longtemps limitée à la mesure de l'activité électrique des aires du cerveau (l'électro-encéphalographie), l'exploration du cerveau vivant s'est en effet enrichie des données sur la composition tissulaire( scanner), la consommation en oxygène et glucose ou encore la quantité d'énergie absorbée par les diverses parties du cerveau au cours d'une stimulation donnée ( IRM, TEP, spectroscopie infrarouge ou imagerie multimodale combinant plusieurs des techniques précédentes).
La première grande révolution tient dans la découverte de la plasticité cérébrale : à tout âge de sa vie, le cerveau continue de créer des réseaux de connexion entre neurones, d'apprendre de nouvelles tâches ou de modifier celles qu'il connaît en fonction des changements survenus dans l'environnement extérieur
( adaptation d'un apprentissage au nouveau poste de travail occupé), à l'intérieur du corps ( développement de la capacité manuelle gauche en cas d'incapacité totale ou partielle de la main droite), ou même à l'intérieur du cerveau lui-même ( prise en charge de la motricité d'un membre par des aires cérébrales normalement dévolues à une autre tâche en cas d'accident vasculaire cérébral) !
Le cerveau peut donc apprendre à tout âge, la condition essentielle de la réussite résidera dans … la motivation, d'où l'importance prédominante du facteur émotionnel !
Ainsi ce n'est pas parce que j'ai « raté » l'apprentissage de la règle de trois à l'âge de 7 ans que mon cerveau ne pourra pas l'apprendre à 8, 10 , 30 ou même 60 ans…pourvu que je sois motivé.
Deuxième révolution: le cerveau émotionnel essentiel à la survie
Les émotions naissent dans le système limbique ( cf schéma 1), partie du cerveau située entre
- En bas, le tronc cérébral qui relaie tous les messages issus du corps, détermine notre niveau de vigilance (veille /sommeil) et contrôle les centres vitaux cardio-respiratoire, de la soif et de la faim;
- Et au dessus le cortex, composé de plusieurs modules organisés en lobes, assurant des fonctions spécifiques (aires de la vision pour le lobe occipital; fonctions liées au mouvement et à l'orientation dans l'espace , au calcul pour le lobe pariétal; interprétation des sons et du langage, et certaines fonctions de mémoire pour le lobe temporal; fonctions de conceptualisation, de planification et de pensée pour le lobe frontal)
Ce système limbique, outre l'appréciation émotionnelle, assure un rôle de station de tri et de relais de l'information issue du corps jusqu'au cortex ( thalamus), des fonctions d'adaptation optimale du corps à l'environnement par voie nerveuse (hypothalamus) et hormonale (hypophyse) , de mémoire sur le long terme ( hippocampe) et de stratégie face à la peur - émotion appréciant le danger - (amygdale) .
La réponse corporelle à l'émotion ressentie( neurophysiologie de l'émotion) :
Le cerveau et le corps forment une unité indissociable dialoguant par deux voies principales de communication : nerveuse et hormonale.
-La première voie, nerveuse (cf schéma 2) part du thalamus (système limbique), diffuse l'information vers l'ensemble du corps - commande des muscles volontaires de l'appareil locomoteur par le système sensori- moteur, commande du fonctionnement de nos organes par le système nerveux végétatif, provoquant une contraction ou un relâchement des muscles non volontaires - et retour du résultat sensoriel au cerveau limbique (contrôle feed-back)
Ainsi une forte émotion ressentie au niveau du cerveau limbique va avoir une double traduction corporelle
-motrice: paralysie / immobilité ou attitude offensive de combat ou fuite
-végétative: contraction des viscères (contraction des glandes lacrymales et pleur - à l'annonce d'une mauvaise note - contraction du tube digestif à différents étages, pouvant donner la nausée, une « boule » à l'estomac ou des colites, voire une diarrhée à l'approche d'un examen, d'une interrogation ou d'une compétition, etc…) et ce même cerveau va être informé en retour des modifications corporelles induites afin de pouvoir rétablir ou maintenir un équilibre adapté.
- La deuxième voie utilise la circulation sanguine pour transporter l'information - sous forme d'hormones - vers des cellules cibles, commandant leur activation ou leur mise en sommeil.
Ainsi en est-il de la glande surrénale, activée par une hormone hypophysaire en cas de stress qui, libérant à son tour les hormones de stress, nous permet de réagir rapidement en accélérant le cœur, favorisant la répartition sanguine vers les organes essentiels au maintien de notre survie.
Et devant la copie blanche l'élève ressent ce coup de fouet circulatoire quelque peu désordonné au départ, qui va l'aider à apporter oxygène et sucre au niveau du cerveau pour effectuer le travail demandé, s'atténuant au fur et à mesure qu'il avance dans son devoir, se réactivant à l'annonce de la fin du temps imparti, s'il n'a pas fini de répondre.
Les manifestations corporelles excessives de l'émotion que l'individu n'arrive pas à réguler définissent ce que l'on appelle communément le stress.
Mais l'on peut tout autant pleurer de rire que de tristesse ou de colère, avoir le souffle coupé par une grande surprise comme par la colère, avoir la gorge serrée par une déclaration d'amour comme par les remontrances de notre supérieur hiérarchique: quelle que soit l'appréciation affective de la situation - j'aime ou je n'aime pas - la réponse corporelle est stéréotypée; l'intensité de la réaction est liée à l'intensité émotionnelle ressentie.
L'étude du fonctionnement normal (physiologie) et des anomalies (pathologies) de cette partie du cerveau dans le laboratoire de neurologie du Pr A. Damasio permet de démontrer que l'émotion fait partie intégrante des processus de raisonnement et de prise de décision, notamment dans les décisions touchant les domaines personnels et sociaux. Certains individus en effet, entièrement rationnels dans leur manière de conduire leur vie ont perdu - à la suite d'une lésion neurologique au niveau du cerveau limbique - en même temps que certaines catégories d'émotion, leur capacité à prendre des décisions rationnelles, entraînant des conduites irrationnelles néfastes pour eux ou leur entourage.
Il semble donc que l'émotion, loin d'être un luxe ou une nuisance, aide le raisonnement et la prise de la bonne décision surtout lorsqu'il s'agit de questions impliquant le risque et le conflit - dans une logique de survie de l'être. (1)
Pour A. Damasio le processus de prise de conscience des émotions aboutit au sentiment, fonction d'appréciation de soi, des autres et du monde environnant.
Estime de soi, confiance en soi, autant de facteurs nécessaires à la réussite d'un apprentissage.
Une récente enquête auprès d'une classe de cinquième sur ce qu'ils ressentent lorsqu'on leur rend un devoir noté est révélateur de ce fonctionnement cérébral:
- si j'ai un échec (mauvaise note) => je me sens nul - je suis démotivé - j'ai encore plus peur pour la prochaine fois - je suis triste , désespéré - je me dis que je n'y arriverai jamais - je n'ai plus envie de bûcher - à quoi ça sert ? - je suis de mauvaise humeur après tout le monde
- si j'ai réussi (bonne note) => ça me motive pour continuer - je suis super content et je saute partout - ça me paraît moins difficile - ça m'encourage - je reprends confiance en moi - je suis fière de moi
Troisième révolution: l'émotion à l'aide de l'attention et de la mémoire
D'après A. Damasio , les mêmes structures cérébrales participent au fonctionnement des processus d'émotion , des processus d'attention , de la régulation des cycles veille /sommeil, des processus d'apprentissage, au traitement des signaux concernant l'état du corps , notamment signaux relatifs à la douleur et au plaisir. Ainsi pour bien diriger son attention, il faut être capable d'émotion (fonction qui permet de savoir si l'on doit ou non accorder son attention à tel objet ou la lui retirer).
Les expériences de J. McGaugh montrent, tant chez le rat que chez l'homme, qu'il est d'autant plus facile de se rappeler des faits nouveaux que leur apprentissage s'est accompagné d'un certain degré d'émotion.
Qu'en est-il de la sophro-dynagogie ?
Depuis bientôt 20 ans , la Fédération Européenne de Sophrologie considère l'émotion et le sentiment qui en découle comme la fonction d'appréciation de l'individu, vis à vis de lui-même ( équilibre intérieur) , vis à vis du monde extérieur ainsi que de sa capacité d' interaction et d'adaptation au monde extérieur- fonction essentielle dans les processus d'apprentissage.
Le problème réside essentiellement dans l'immaturité de cette fonction cérébrale, dont « l'emballement » pénalise l'adaptation par épuisement des ressources de l'individu (échec scolaire, burn out de l'enseignant…).
Des techniques ont donc été créées et proposées pour développer cette fonction de manière consciente et volontaire, afin d'améliorer les capacités d'adaptation en cas de situation difficile.
Dans cette étape, il est d'abord question de redécouvrir les possibilités émotionnelles dans leurs différentes nuances positives, d'apprendre à « neutraliser » les manifestations corporelles excessives, de se réaffirmer dans des capacités de plaisir, de rire, de joie, d'enthousiasme….
Nous travaillons par évocations libres revécues dans le corps, à partir de souvenirs divers : parfums, couleurs, saveurs, musiques, situations émotionnelles positives déjà vécues ( un bon concert, un beau film, une balade dans la nature ou un bon match, une découverte personnelle, etc…).
Passer ensuite d'une tonalité émotionnelle à une autre au cours d'une même séance oblige l'individu à prendre du recul par rapport au jeu sentimental et ne plus en rester prisonnier ; à découvrir la force compensatrice du sentiment positif pour équilibrer les inévitables moments de tristesse, d'épuisement ou de colère destructrice.
Puis nous cherchons à établir dans le lien « corps - mental » des réflexes de gestion des excès : prise de conscience du rapport entre certaines images mentales, certains mots ( la vision du prof distribuant la copie, l'énoncé difficile) et des manifestations sensorielles excessives ; apprendre à reconnaître les signaux précurseurs de « surchauffe » émotionnelle - tremblement, accélération cardiaque, rougeur, oppression, etc… ; déplacer son attention sur les sensations en provenance des zones calmes du corps ; utiliser les différents temps respiratoires pour amplifier l'intensité des signaux émotionnels ou au contraire les diminuer; désamorcer les discours et les images inflationnistes avec les ressources du corps apaisé. Ce faisant, la personne conquiert face aux événements intérieurs et extérieurs une autonomie qui renforce la conscience de son identité et la possibilité d'une réussite.
Ce travail pratiqué toujours en groupe permet également lors du partage final de souligner le caractère unique de chacun, la complète subjectivité d'appréciation d'un événement. Il permet de se relier à l'autre dans un nouveau respect d'identité et concours à démystifier le lien fusionnel -notion de groupe- habituellement recherché par les adolescents en quête d'identité.
Les émotions participent pour une part essentielle à la réussite ou à l'échec d'un apprentissage (cf les progrès d'un élève avec un enseignant qu'il apprécie ou l'échec répété d'un candidat pourtant appliqué et bien préparé, paniquant devant sa feuille blanche), mais même si les neurosciences commencent à décrypter cette « intelligence émotionnelle » nous sommes toujours en panne de moyens pour maîtriser ou utiliser au mieux cette propriété inhérente à la condition humaine. La sophro - dynagogie peut-elle donner des pistes de réponses ?
Qu'est-ce que l'émotion ? L' histoire d'une ( r)évolution.
De tous temps, l'émotion - certains diront le désir - a été considérée comme le moteur de l'invention créatrice que ce soit au niveau des arts, des découvertes scientifiques et techniques, ou encore de bouleversements politiques et sociaux qui jalonnent l'histoire humaine.
Seuls les grecs dans notre tradition occidentale l'ont reconnue et utilisée à des fins thérapeutiques sur le plan psychique, mais la prise de conscience de son importance en pédagogie demeure très récente.
La recherche des définitions successives de l'émotion au cours du dernier demi-siècle montrent à quel point l'évolution des connaissances peut radicalement transformer la perception et la fonction que nous accordons à l'émotion dans l'intelligence humaine.
Quillet 1963 : Agitation de l'âme
Encyclopédie Universelle 1985: Trouble de l'adaptation des conduites. (…) l'émotion apparaît quand les exigences de la situation sont disproportionnées avec les possibilités du sujet (…) l'émotion est donc une désorganisation ( de la conduite) par rapport à certaines fins; elle peut être à son tour un moyen - de niveau inférieur - d'adaptation.( Ex) Fuir de peur est plus adapté que trembler sur place ou s'évanouir .
Larousse 1993 : Trouble subit, agitation passagère causés par le sentiment vif de surprise, de joie, de peur, etc…
Robert 1996 : 1- Etat affectif intense, caractérisé par des troubles divers ( pâleur, accélération du pouls, tremblements, etc…) 2- Etat affectif, plaisir ou douleur, nettement prononcé.
Au delà de l'influence successive des progrès de la médecine (Physiologie de l'adaptation au stress de H. Selye 1956) et de l'émergence de la psychologie dans l'évolution de la définition, il demeure cependant une caractéristique constante: il s'agit d'une agitation, d'un trouble, avec une connotation plutôt péjorative.
Ces 20 dernières années cependant, les progrès effectués dans l'observation du cerveau en action ont totalement révolutionné l'approche des fonctions cérébrales, réhabilitant au passage l'émotion.
Longtemps limitée à la mesure de l'activité électrique des aires du cerveau (l'électro-encéphalographie), l'exploration du cerveau vivant s'est en effet enrichie des données sur la composition tissulaire( scanner), la consommation en oxygène et glucose ou encore la quantité d'énergie absorbée par les diverses parties du cerveau au cours d'une stimulation donnée ( IRM, TEP, spectroscopie infrarouge ou imagerie multimodale combinant plusieurs des techniques précédentes).
La première grande révolution tient dans la découverte de la plasticité cérébrale : à tout âge de sa vie, le cerveau continue de créer des réseaux de connexion entre neurones, d'apprendre de nouvelles tâches ou de modifier celles qu'il connaît en fonction des changements survenus dans l'environnement extérieur
( adaptation d'un apprentissage au nouveau poste de travail occupé), à l'intérieur du corps ( développement de la capacité manuelle gauche en cas d'incapacité totale ou partielle de la main droite), ou même à l'intérieur du cerveau lui-même ( prise en charge de la motricité d'un membre par des aires cérébrales normalement dévolues à une autre tâche en cas d'accident vasculaire cérébral) !
Le cerveau peut donc apprendre à tout âge, la condition essentielle de la réussite résidera dans … la motivation, d'où l'importance prédominante du facteur émotionnel !
Ainsi ce n'est pas parce que j'ai « raté » l'apprentissage de la règle de trois à l'âge de 7 ans que mon cerveau ne pourra pas l'apprendre à 8, 10 , 30 ou même 60 ans…pourvu que je sois motivé.
Deuxième révolution: le cerveau émotionnel essentiel à la survie
Les émotions naissent dans le système limbique ( cf schéma 1), partie du cerveau située entre
- En bas, le tronc cérébral qui relaie tous les messages issus du corps, détermine notre niveau de vigilance (veille /sommeil) et contrôle les centres vitaux cardio-respiratoire, de la soif et de la faim;
- Et au dessus le cortex, composé de plusieurs modules organisés en lobes, assurant des fonctions spécifiques (aires de la vision pour le lobe occipital; fonctions liées au mouvement et à l'orientation dans l'espace , au calcul pour le lobe pariétal; interprétation des sons et du langage, et certaines fonctions de mémoire pour le lobe temporal; fonctions de conceptualisation, de planification et de pensée pour le lobe frontal)
Ce système limbique, outre l'appréciation émotionnelle, assure un rôle de station de tri et de relais de l'information issue du corps jusqu'au cortex ( thalamus), des fonctions d'adaptation optimale du corps à l'environnement par voie nerveuse (hypothalamus) et hormonale (hypophyse) , de mémoire sur le long terme ( hippocampe) et de stratégie face à la peur - émotion appréciant le danger - (amygdale) .
La réponse corporelle à l'émotion ressentie( neurophysiologie de l'émotion) :
Le cerveau et le corps forment une unité indissociable dialoguant par deux voies principales de communication : nerveuse et hormonale.
-La première voie, nerveuse (cf schéma 2) part du thalamus (système limbique), diffuse l'information vers l'ensemble du corps - commande des muscles volontaires de l'appareil locomoteur par le système sensori- moteur, commande du fonctionnement de nos organes par le système nerveux végétatif, provoquant une contraction ou un relâchement des muscles non volontaires - et retour du résultat sensoriel au cerveau limbique (contrôle feed-back)
Ainsi une forte émotion ressentie au niveau du cerveau limbique va avoir une double traduction corporelle
-motrice: paralysie / immobilité ou attitude offensive de combat ou fuite
-végétative: contraction des viscères (contraction des glandes lacrymales et pleur - à l'annonce d'une mauvaise note - contraction du tube digestif à différents étages, pouvant donner la nausée, une « boule » à l'estomac ou des colites, voire une diarrhée à l'approche d'un examen, d'une interrogation ou d'une compétition, etc…) et ce même cerveau va être informé en retour des modifications corporelles induites afin de pouvoir rétablir ou maintenir un équilibre adapté.
- La deuxième voie utilise la circulation sanguine pour transporter l'information - sous forme d'hormones - vers des cellules cibles, commandant leur activation ou leur mise en sommeil.
Ainsi en est-il de la glande surrénale, activée par une hormone hypophysaire en cas de stress qui, libérant à son tour les hormones de stress, nous permet de réagir rapidement en accélérant le cœur, favorisant la répartition sanguine vers les organes essentiels au maintien de notre survie.
Et devant la copie blanche l'élève ressent ce coup de fouet circulatoire quelque peu désordonné au départ, qui va l'aider à apporter oxygène et sucre au niveau du cerveau pour effectuer le travail demandé, s'atténuant au fur et à mesure qu'il avance dans son devoir, se réactivant à l'annonce de la fin du temps imparti, s'il n'a pas fini de répondre.
Les manifestations corporelles excessives de l'émotion que l'individu n'arrive pas à réguler définissent ce que l'on appelle communément le stress.
Mais l'on peut tout autant pleurer de rire que de tristesse ou de colère, avoir le souffle coupé par une grande surprise comme par la colère, avoir la gorge serrée par une déclaration d'amour comme par les remontrances de notre supérieur hiérarchique: quelle que soit l'appréciation affective de la situation - j'aime ou je n'aime pas - la réponse corporelle est stéréotypée; l'intensité de la réaction est liée à l'intensité émotionnelle ressentie.
L'étude du fonctionnement normal (physiologie) et des anomalies (pathologies) de cette partie du cerveau dans le laboratoire de neurologie du Pr A. Damasio permet de démontrer que l'émotion fait partie intégrante des processus de raisonnement et de prise de décision, notamment dans les décisions touchant les domaines personnels et sociaux. Certains individus en effet, entièrement rationnels dans leur manière de conduire leur vie ont perdu - à la suite d'une lésion neurologique au niveau du cerveau limbique - en même temps que certaines catégories d'émotion, leur capacité à prendre des décisions rationnelles, entraînant des conduites irrationnelles néfastes pour eux ou leur entourage.
Il semble donc que l'émotion, loin d'être un luxe ou une nuisance, aide le raisonnement et la prise de la bonne décision surtout lorsqu'il s'agit de questions impliquant le risque et le conflit - dans une logique de survie de l'être. (1)
Pour A. Damasio le processus de prise de conscience des émotions aboutit au sentiment, fonction d'appréciation de soi, des autres et du monde environnant.
Estime de soi, confiance en soi, autant de facteurs nécessaires à la réussite d'un apprentissage.
Une récente enquête auprès d'une classe de cinquième sur ce qu'ils ressentent lorsqu'on leur rend un devoir noté est révélateur de ce fonctionnement cérébral:
- si j'ai un échec (mauvaise note) => je me sens nul - je suis démotivé - j'ai encore plus peur pour la prochaine fois - je suis triste , désespéré - je me dis que je n'y arriverai jamais - je n'ai plus envie de bûcher - à quoi ça sert ? - je suis de mauvaise humeur après tout le monde
- si j'ai réussi (bonne note) => ça me motive pour continuer - je suis super content et je saute partout - ça me paraît moins difficile - ça m'encourage - je reprends confiance en moi - je suis fière de moi
Troisième révolution: l'émotion à l'aide de l'attention et de la mémoire
D'après A. Damasio , les mêmes structures cérébrales participent au fonctionnement des processus d'émotion , des processus d'attention , de la régulation des cycles veille /sommeil, des processus d'apprentissage, au traitement des signaux concernant l'état du corps , notamment signaux relatifs à la douleur et au plaisir. Ainsi pour bien diriger son attention, il faut être capable d'émotion (fonction qui permet de savoir si l'on doit ou non accorder son attention à tel objet ou la lui retirer).
Les expériences de J. McGaugh montrent, tant chez le rat que chez l'homme, qu'il est d'autant plus facile de se rappeler des faits nouveaux que leur apprentissage s'est accompagné d'un certain degré d'émotion.
Qu'en est-il de la sophro-dynagogie ?
Depuis bientôt 20 ans , la Fédération Européenne de Sophrologie considère l'émotion et le sentiment qui en découle comme la fonction d'appréciation de l'individu, vis à vis de lui-même ( équilibre intérieur) , vis à vis du monde extérieur ainsi que de sa capacité d' interaction et d'adaptation au monde extérieur- fonction essentielle dans les processus d'apprentissage.
Le problème réside essentiellement dans l'immaturité de cette fonction cérébrale, dont « l'emballement » pénalise l'adaptation par épuisement des ressources de l'individu (échec scolaire, burn out de l'enseignant…).
Des techniques ont donc été créées et proposées pour développer cette fonction de manière consciente et volontaire, afin d'améliorer les capacités d'adaptation en cas de situation difficile.
Dans cette étape, il est d'abord question de redécouvrir les possibilités émotionnelles dans leurs différentes nuances positives, d'apprendre à « neutraliser » les manifestations corporelles excessives, de se réaffirmer dans des capacités de plaisir, de rire, de joie, d'enthousiasme….
Nous travaillons par évocations libres revécues dans le corps, à partir de souvenirs divers : parfums, couleurs, saveurs, musiques, situations émotionnelles positives déjà vécues ( un bon concert, un beau film, une balade dans la nature ou un bon match, une découverte personnelle, etc…).
Passer ensuite d'une tonalité émotionnelle à une autre au cours d'une même séance oblige l'individu à prendre du recul par rapport au jeu sentimental et ne plus en rester prisonnier ; à découvrir la force compensatrice du sentiment positif pour équilibrer les inévitables moments de tristesse, d'épuisement ou de colère destructrice.
Puis nous cherchons à établir dans le lien « corps - mental » des réflexes de gestion des excès : prise de conscience du rapport entre certaines images mentales, certains mots ( la vision du prof distribuant la copie, l'énoncé difficile) et des manifestations sensorielles excessives ; apprendre à reconnaître les signaux précurseurs de « surchauffe » émotionnelle - tremblement, accélération cardiaque, rougeur, oppression, etc… ; déplacer son attention sur les sensations en provenance des zones calmes du corps ; utiliser les différents temps respiratoires pour amplifier l'intensité des signaux émotionnels ou au contraire les diminuer; désamorcer les discours et les images inflationnistes avec les ressources du corps apaisé. Ce faisant, la personne conquiert face aux événements intérieurs et extérieurs une autonomie qui renforce la conscience de son identité et la possibilité d'une réussite.
Ce travail pratiqué toujours en groupe permet également lors du partage final de souligner le caractère unique de chacun, la complète subjectivité d'appréciation d'un événement. Il permet de se relier à l'autre dans un nouveau respect d'identité et concours à démystifier le lien fusionnel -notion de groupe- habituellement recherché par les adolescents en quête d'identité.