Contribution de la sophrologie pour la prise en charge d'un groupe de «gestion de poids» en hôpital de jour

Louise-Marie GOURMET

Introduction :Au sein du CHU de Brugmann, une équipe pluridisciplinaire (internistes, psychiatre, psychologue, kinésithérapeute, diététicienne) a mis en place une prise en charge d'un groupe de «gestion de poids». Il s'agit d'aider des patients en surcharge pondérale (BMI 30-40) d'obésité modérée à massive.

Ces patients ont un rapport conflictuel à la nourriture et s'ensuivent des troubles du comportement alimentaire:- hyperphagie, - grignotage, binge eating

L'équipe envisage pour les aider:une approche comportementale des habitudes alimentairesun programme d'éducation nutritionnelleune approche corporelle (favoriser la conscience de son corps)une approche par la parole pour favoriser la réflexion, l'émergence d'une élaboration mentale
Ainsi le travail se structure autour de 3 axes (en dehors de l'interniste, chirurgien) :axe d'éducation nutritionnelle (diététicienne)axe corporel (2 kinés)axe d'expression émotionnelle (psychologue).

Le groupe des patients :

Les patients viennent 12 journées à raison d'1 jour tous les 15 jours (± 6 mois).Ils participent aux différents groupes pendant la journée.Le midi, ils reçoivent un repas diététique ou un intervenant se joint à eux.C'est l'occasion de les sensibiliser à la perception de la sensation de satiété. La philosophie de travail est d'amener le patient à gérer de façon active son surpoids. De mettre en place un nouveau mode alimentaire pour arriver à un poids de «confort» (npoids idéal).
Cela entraîne un double travail de deuil ou de renoncement :ne plus s'alimenter comme avant (c'est un choix à faire s'il veut maigrirmaigrir se fait lentement.Ce travail s'accompagne de remise en question importante.Ce qui nous intéresse nous, sophrologues, plus particulièrement, c'est:

L'Axe d'expression corporelle

a) Introduction : le vécu de l'obèseLe sujet obèse vit dans un monde où la pesanteur lui semble plus accrue. L'impression de poids du corps dépend aussi du degré de tension musculaire (ou tonus musculaire). L'immobilité jointe à une baisse de tension musculaire favorise la mollesse du corps et augmente la sensation de lourdeur. Le poids du corps semble si intense que l'image de celui-ci s'en trouve déformée.Les obèses se perçoivent plus petits, plus trapus qu'ils ne le sont en réalité.En cas de surpoids important, les zones porteuses (plante pied, dos, fessier),les articulations (genoux, chevilles) sont douloureuses.Tout mouvement (marcher, monter les escaliers, courir après le tram) demande un effort important. Afin d'éviter les sensations d'épuisement, il recherche l'immobilité. Lorsque les mouvements deviennent impossibles (ex : se lacer les chaussures, se gratter le dos), certaines parties du corps deviennent hors de sa portée et de ce fait tendent à être ignorées. Il en est de même des zones douloureuses.Tout cela modifie la sensation du corps en profondeur ainsi que son image. Notre patient de plus en plus immobilisé se perçoit comme une masse indifférenciée.
Nous retrouvons également une honte et une haine à l'égard de leur corps. Ils désinvestissent également les zones haïes comme si elles étaient gommées. Lorsque tout le corps est rejeté, c'est alors l'image de tout le corps qui devient floue et fantomatique. L'obèse ne reconnaît pas son corps, le refuse en fuyant les miroirs et les balances. Il essaie de le nier, tout cela peut conduire au sentiment d'inexistence corporelle, au sentiment de vide intérieur contre lequel il s'agit de lutter et paradoxalement en mangeant afin de se créer des sensations de vie.
Désireux d'oublier son corps réel (zones douloureuses, rejetées, niées) notre patient tend à promouvoir un corps imaginaire idéal. C'est-à-dire qu'il tente de substituer au corps réel une image du corps idéalisé. Pour moins sentir le corps, il bouge moins.Dans l'immobilité et la passivité la différenciation entre le dedans et le dehors s'estompe au niveau sensoriel. Cela permet plus aisément de se libérer du corps réel et ainsi de recréer une image du corps idéalisé (en rêve, il rêve d'être mince).

Compte tenu de tout ce que je viens de dire, dans notre équipe de travail, il nous a semblé judicieux de proposer au patient qui consulte une prise de conscience plus positive de son corps. L'approche corporelle que nous leur proposons sera de réconcilier et de se réconcilier avec les sensations, la perception du corps ainsi qu'avec son image. Il s'agit aussi de réinvestir le corps en retrouvant des sensations agréables et positives (revitaliser le schéma corporel).

b) Approche corporelle
L'approche corporelle va également se faire par une remise en mouvement. Elle sera assurée par une kiné qui prend les patients en début de journée pendant 1h30 et les sensibilisent au vélo, tapis roulant et rameur.Apport de la sophrologie dynamiqueJ'accorde une toute grande importance au respect des 3 principes fondamentaux de la sophrologie à savoir :le principe de l'intégration du schéma corporel comme réalité vécuele principe de l'activation positivecelui de la réalité objectiveLes exercices spécifiques utilisés sont à présent le massage énergétique et le 1er degré de la relaxation dynamique

Le massage énergétique:

Symboliquement nous retrouvons par le massage notre contenant, notre enveloppe corporelle, notre limite par rapport à l'extérieur. Comme si nous nous rassemblions (évolution : du global au détail).J'aborde aussi la S.B. avec conscience de la forme des différentes parties du corps. En plus des sensations de stimulation, il faut aussi prendre le temps de s'arrêter sur la notion de «relaxation» comme un moment de repos ou de répit qui est agréable, ressource et donne énergie.la relaxation dynamique du 1er degré:Les exercices de ce degré revitalisent tout le schéma corporel, redynamisant le tonus musculaire que l'on peut faire varier. Les mouvements dynamiques affinent également l'intégration spatiale de notre corps.Le vécu respiratoire, sensoriel (activation ou désactivation) signent un moment d'existence corporel; ce qui contribue au sentiment d'existence dans l'ici et maintenant.Le réinvestissement du positif dans le corps favorise la sécurité dans notre espace interne: «Je suis bien dans mon corps».

Conscience du corps/image du corps
L'image corporelle est la synthèse vivante de nos expériences émotionnelles, affectives et sexuelles. Elle est l'incarnation symbolique inconsciente du sujet désirant. Elle se réfère à l'imaginaire.
Dans ce contexte, que nous apporte la conscience de notre schéma corporel? Comme nous l'avons mentionné dans l'introduction, les personnes obèses ne reconnaissent pas leur corps, soit qu'elles le nient tout simplement, soit qu'elles le projettent dans un corps idéal, celui des Top models et des Stars de magazines. Par le travail en relaxation sophrologique et profitant du sentiment accru de la réalité du corps, il s'agira d'admettre ou de reconnaître "ce corps comme étant le sien" et cela dans les zones perçues positivement et toutes les autres. Reconnaissance que ce corps lui appartient en propre et qu'à ce titre il ne peut s'en désintéresser.

Il sera alors plus facile, parallèlement au réinvestissement du corps concret, de dégager la réalité du fantasme. De mettre donc à distance ce corps fantasmatique.Ceci va permettre au schéma corporel de reprendre sa position centrale et de servir de témoin de réalité.

Et pour terminer…
Et j'en terminerai par les échos que je reçois des patients, lorsqu'à la fin de leur cycle je leur demande ce que ce chemin à travers le corps leur a apporté ou ce qu'ils emmènent avec eux, les réactions, les acquis sont divers. Des patients emploient d'emblée la sophrologie comme «gestion des émotions». Lorsque je m'énerve et que je me sens dépassée par les événements, je fais appel à la technique.D'autres utilisent la relaxation afin de différer un comportement compensatoire (ex: boulimie). D'autres ont réappris à se regarder dans un miroir, du moins à ne plus se fuir.Une jeune femme me disait qu'elle se voyait maintenant en entier. Comment se voyait-elle avant? Je ne voyais que mon visage et rien en dessous.D'autres se sentent mieux dans leur peau, ont retrouvé leur peau, ont retrouvé leur bonne humeur, dorment mieux et se sentent moins fatigués. Une patiente insistait sur la perception de ses pieds disant qu'elle avait la sensation de retrouver ses racines et de se sentir de ce fait plus en sécurité.

CONCLUSION
Nous pouvons observer que l'approche corporelle par la relaxation sophrologique favorise le réinvestissement positif du corps, ravive la structuration du schéma corporel et réajuste l'image du corps.Enfin, et cela n'est pas le moindre, elle fait retrouver une certaine autonomie du patient quant à la gestion de ses sensations et émotions. Tout cela participe à la conscience de soi et à celle de nos comportements.