Conscience Evolutive: une question de perspective, un sacré enjeu !

Article écrit par le Dr Martine DUPUY

La Conscience est une Force, nous l'apprenons et l'expérimentons dès le premier module de Dynagogie; Force que l'on peut accroître, entrant par ce mouvement dans une dynamique de Conscience Evolutive.

A.Caycedo distingue la Conscience Ordinaire - qui nous est nécessaire pour assurer notre survie dans ce monde compte tenu de ses exigences et ses possibilités d'épanouissement actuelles - de la Conscience Evolutive qui nous permet de « grandir humainement » au regard de l'évolution de la Vie et de notre espèce en particulier.

Voilà pour la théorie… mais dans la pratique ?
Où finit l'une ? Où commence l'autre ?
Quand et comment passe-t-on de l'une à l'autre ?

Premier niveau de Dynagogie: introspection et exercices mobilisent notre énergie musculaire; nous voilà soudain plus grand, plus large, plus chaud, plus vibrant… que sais-je encore ?
En reconnaissant et déchiffrant cette vivance du corps au cours de chaque pratique, quelle que soit sur l'instant la manière de la formuler, nous refaisons en toute conscience un « plein de vie sensorielle».
Conscience ordinaire devenue plus fine, plus sensible aux messages multiples venant du dedans de soi ; Conscience ordinaire devenue plus forte à la fois , plus affirmée dans sa reconnaissance : ceci est bien moi, voilà celui ou celle que je suis maintenant !

L'énergie émotionnelle volontairement mobilisée au deuxième module impose dans cette vivance du corps un climat, une couleur, un élan d'énergie, un mouvement d'humeur).
Avec un peu de perspicacité et beaucoup d'assiduité, nous pouvons comprendre l'impact des émotions sur la vivance et réciproquement: ainsi découvrons-nous concrètement le dialogue permanent entre psyché et soma.

Certaine joie comme un pétillement, certaine tendresse comme un praliné fondant, certaine colère comme un redressement vigoureux…

L'observation détachée demandée à chaque fin de pratique - mais si peu souvent effectuée tant nous souhaitons rester « inclus » dans le climat agréable ainsi recréé - nous permet de prendre de la hauteur vis à vis de ces remous psychiques, et comprendre enfin combien l'âme, par ses mouvements, sa dynamique propre anime notre vivance corporelle.

Pour certains même, encore trop peu définis, la confusion est telle entre vivance corporelle et mouvement de l'âme qu'ils ne se « sentent » réellement vivre que quand ils sont embringués dans une émotion forte: fou-rire, grosse crise de colère ou de larme, amour passion, peur bleue, etc…

Nous sommes comme la mer: un corps semblable à un océan d'éléments organiques et moléculaires qui interagissent entre eux, une masse de molécules s'agitant faiblement à l'échelle biochimique.
Mais cette masse d'eau, si importante soit-elle, ne serait pas la mer si elle n'était pas traversée de forts courants marins qui l'agitent, créant la houle, les vagues, favorisant toutes sortes d'échanges entre tous les éléments qui la compose.

D'où vient la marée ? Influence de la Lune: attraction de notre unique satellite pour les scientifiques et représentation symbolique de l'âme pour tous les poètes et autres « métaphysiciens »….
Notre matière est un océan intérieur - rappelons que bio -chimiquement la composition du liquide intra cellulaire est proche de celle de l'eau de mer - et notre âme n'est saisissable qu'à travers les courants émotionnels qui nous traversent, créant en nous un flux et reflux, une dynamique de marées.

Au sein de l'océan je suis dans la Conscience ordinaire: mon horizon s'arrête à ce que je peux distinguer la tête hors de l'eau, c'est-à-dire pas loin; je nage en fonction des courants émotionnels, ceux qui me font avancer comme le rire et la joie et ceux qui me refoulent comme la tristesse et la peur ; quand il y a trop de houle je nage pour conserver un équilibre psychique , quand la mer est calme je me repose pour récupérer quelques forces.

L'avantage avec les techniques dynagogiques 2ème niveau, c'est de ne plus être un simple bouchon ballotté au sein de l'océan mais d'utiliser les courants pour avancer : la connaissance de ces courants peut me permettre de naviguer dans la vie en utilisant mieux la force de tel ou tel courant, en évitant d'être prise dans tel autre, etc… gestion émotionnelle activatrice ou désactivatrice.

Ce faisant, nous ne pouvons prétendre qu'à vivre dans une « conscience ordinaire améliorée » . La Conscience Evolutive demande d'opérer un détachement supplémentaire vis à vis de ces courants, comme l'a fort bien illustré Yves dans un précédent article.
Las, combien d'entre nous pratiquent le deuxième degré juste pour mieux « surfer » sur l'océan de leur vie ?

Le Troisième niveau dynagogique aide à trouver une direction au milieu de toute cette agitation: j'essaie de m'orienter à l'aide des techniques comme avec une boussole, de trouver ou retrouver le goût du voyage avec un port d'attache où je me suis construit (techniques travaillant sur la mémoire), des escales pour refaire des provisions de rêve, de réalisation, de projet (techniques d'anticipation); escales où j'ai dû parfois effectuer quelques réparations, changement de mât ou de moteur pour finir par redécouvrir ou retrouver malgré les aléas de l'itinéraire, ma destination première.

Mais tout cela s'effectue encore sur l'eau, dans l'eau : dans la Conscience Ordinaire.
A peine ai-je eu le temps de lever la tête vers la lune et les étoiles pour m'aider à m'orienter… juste le temps d'entrapercevoir la possibilité de la Conscience Evolutive

Il faut résolument sortir de l'eau - Dieu, que ce quatrième degré est parfois difficile ! - et revenir sur la plage pour prendre pied dans la conscience évolutive.

Car alors, et alors seulement, je peux tout embrasser d'un même regard, d'une même lucidité de conscience :« sortir » de mon eau pour la regarder s'agiter sous l'influence de la lune mais découvrir aussi les étoiles, le ciel, la présence de l'univers entier avec sa dimension extraordinaire d'espace et de temps.

Et ce qui fait alors toute la différence, ce qui nous fait brusquement passer d'une dimension à l'autre sont bien sûr ces changements de repères.
La mer si vaste soit-elle rencontre toujours ses limites, son temps est rythmé par la lune mais dans une régularité finalement prévisible comme les horaires et l'amplitude des marées .
L'océan de ma vie a lui-même ses limites d'espace - le corps senti - et de temps entre le point de départ de la conception et la ligne d'arrivée qu'est la mort. Entre temps je me suis certes beaucoup agité, mon âme a subi quelques mouvements forts et bon nombre de calmes plats, mais tout cela dans une perspective relativement commune.

Le Ciel et les étoiles nous adressent quant à eux à l'infini de l'espace et du temps…
Repères autrement plus difficiles à intégrer, prise de conscience moins simple à assumer.

Non pas tant qu'elle oblige à une humilité naturelle - être seulement une infime partie de l'univers - mais parce qu'elle ouvre une perspective qui dépasse notre « entendement » ordinaire.
Moments exceptionnels de conscience lumineuse vécus parfois dans ce quatrième degré, mais si difficiles à partager car indicibles, laissant souvent les autres membres du groupe sur « le carreau»…
Moments qui nous marquent profondément sans que nous puissions facilement les intégrer dans l'actualité de notre vie…

Ainsi certains optent pour la « méditation » régulière, empruntant à la vie concrète quelques instants de magique accès à l'extraordinaire : premiers pas, « protégés » par la bulle sophro -dynagogique, dans la Conscience Evolutive.
Le risque: faire de ces instants exceptionnels des apartés dans notre existence, un monde « à côté » du monde . Vivre ainsi une double vie; celle de la norme avec ses repères de temps et d'espace bien connus, ses exigences et ses limites, et celle « hors norme » , à vivre seul ou en groupe d'initiés, tellement décalée par rapport à nos repères habituels que nous ne pouvons passer de l'une à l'autre qu'à travers un sas de pratique ritualisée .

Pourtant, avancer dans la Conscience Evolutive exige plus de nous: il s'agit de créer un passage, un dialogue régulier de l'un à l'autre jusqu'à ce que nous puissions vivre dans le même temps et la vie concrète à l'intérieur de sa finitude, et la vie au delà de la finitude.
Glisser dans notre quotidien ce que nous avons saisi de l'extraordinaire; regarder l'ordinaire avec la même acuité que celle découverte dans la perception infinie; savourer avec le même sens du sacré l'œuf coque du repas du soir que nous nous sommes abîmés dans la contemplation du ciel étoilé; intégrer l'immensité et la cohérence du tout dans ce qui est parcellaire, fragmenté, circonstancié.
Il s'agit de porter un regard anthropologique sur notre existence; ne plus la gérer à l'aune de ses limites ordinaires - ce que je peux ou je dois faire entre ma naissance et ma mort - mais la placer résolument dans une perspective qui dépasse ces limites.
J'existe dans une région de la Terre et dans un siècle qui fait partie de toute une histoire évolutive: évolution de la Vie - de plus en plus complexe sur le plan biochimique, biologique et physiologique - , évolution des espèces, de plus en plus diversifiées, évolution de la conscience depuis le premier assemblage en réseau de cellules spécialisées ( ou cerveau ) assurant des fonctions complexes de coordination, de mise en mémoire et d 'analyse de données, de réflexion et de décision, etc….
Il est relativement facile de m'inscrire dans un contexte historique circonscrit - aujourd'hui le début du 21ème siècle - et il est relativement facile de porter un jugement à l'emporte pièce sur les événements qui marquent ce début de millénaire.

Mais si j'ouvre la perspective sur ces millions d'années avant le 21ème siècle, ne serait-ce que sur les vingt derniers siècles, est-ce que mon évaluation de ce millénaire change ?
Puis-je percevoir autrement les avancées de la Conscience humaine et les défis qui se posent à elle sous l'habillage de l'actualité ?
Nous protestons souvent… avons-nous seulement conscience que le fait même de pouvoir protester est un acquis extraordinaire de ces trois derniers siècles ?

Nous nous élevons contre tout ce qui ne nous paraît pas juste, tout ce qui menace la dignité humaine ou animale, voire végétale, contre les risques des manipulations en tous genres… mais depuis quand la Conscience Ordinaire du « péquin » que nous sommes peut-elle prendre en compte l'ensemble de ces données complexes, à l'échelle de la planète, et commencer à réfléchir dessus ?
Certes depuis quelques deux ou trois millénaires, quelques hommes uniques, visionnaires ont eu cette perception de l'évolution et ont su impulser de leur vivant et pour des siècles de générations suivantes une dynamique de transformation profonde de l'humain; essentiellement par une mise en perspective de la vie qui dépasse les données ordinaires .

Les religions et d'autres organisations non confessionnelles ont à leur manière recueilli, abrité, transmis cette mise en perspective originale et extra ordinaire… jusqu'à ce que notre conscience soit suffisamment forte, suffisamment grande pour l'assumer au niveau personnel.

Nous voilà à même de nous autonomiser par rapport à la « vérité » transmise, à même de décrypter le message initial authentique, de nous ouvrir par une démarche responsable à un sens qui dépasse notre existence.

On peut appliquer et pratiquer les techniques sophro -dynagogiques dans la Conscience Ordinaire afin de l'améliorer et nous faciliter l'existence : pouvoir traverser les écueils de l'existence quotidienne sans trop de « casse »… ce n'est déjà pas si mal !

Mais si le défi vous tente, apprivoisez donc au cours de ces mêmes séances la perspective infinie:
- intégrez non seulement la sensation ressentie au cours des exercices mais aussi la naissance de la sensation, ses variations, son effacement et la trace énergétique qui subsiste dans l'espace défini du corps… puis vivez pleinement la transformation de la sensation en rayonnement de votre présence -Force. Vous passez ainsi de la chose nommée et définie dans l'espace - la sensation - à l'évolution dans le temps et l'espace d'une énergie qui vous appartient et que vous échangez aussi avec l'extérieur…
- appropriez- vous les variations de courants émotionnels qui vous traversent, amusez-vous à en suivre les débuts, les croissances et décroissances, puis détachez - vous en pour saisir dans la trace laissée, la dynamique propre de l'âme: accession au sentiment d'être, pas seulement soi pour soi ou soi tout seul mais sentiment d'être soi au sein du monde, de l'univers.
- osez dépasser dans les techniques travaillant sur le temps votre propre temps: laissez revenir la mémoire qui porte trace d'autres mémoires - à travers les souvenirs avec les pères, mères, grand-pères et grand-mères- saisissez le maillon unique et particulier que vous formez le long de la chaîne familiale;
- laissez l'anticipation se libérer des projets précis pour intégrer également la dimension « valeur » de ce projet… un projet n'est jamais que la concrétisation finie dans l'espace et le temps d'une aspiration que nous ne sommes pas seul à porter. Saisir la dynamique universelle - en terme de valeur de vie - qui sous-tend et alimente en énergie le projet est l'apanage de la Conscience Evolutive.